Gestion d'une crise sanitaire en MSP

Pistes pour la gestion d’une crise sanitaire en MSP

La crise sanitaire liée à l’épidémie du coronavirus SARS Cov 2 ou COVID 19 a été la première crise que les maisons de santé ont eu à affronter, leur existence datant de 2005 pour les plus anciennes. Beaucoup d’équipes de soins en MSP ont réagi et organisé l’activité pour éviter aux patients de prendre des risques. Comme toujours, face à une crise, se sont révélés les héros, les inconscients, et les fuyards. Cette crise aura permis de souder certaines équipes pour longtemps, ou au contraire d’en faire exploser d’autres.

Voici quelques propositions d’organisation face à une alerte de crise sanitaire.

Préparation de la gestion de crise

Une réunion des professionnels de santé de la MSP sera organisée pour que les décisions d’organisation soient comprises et appropriées par chaque professionnel.

Une autre réunion avec les professionnels du territoire permettra d’anticiper sur la gestion de la crise entre MSP, MMG et cabinet isolés.

 

Protection de l’accueil et du secrétariat 

Selon la structure de la MSP, il sera choisi la protection de l’espace secrétariat par une plaque de plexiglas sur la banque d’accueil, ou l’isolement du secrétariat dans une autre pièce. L’écriture de procédures claires de réponses aux patients pour leur orientation dans la MSP est nécessaire pour éviter des consignes différentes données par chacun aux secrétaires ou personnel d’accueil…

 

Protection des professionnels 

Le contrôle du stock des EPI devrait être régulier avant la crise. Le calcul du nombre de masques disponibles permet de prévoir le temps d’utilisation du stock. De même pour gants, blouses ou combinaisons, charlottes, sur-chaussures, matériel de désinfection et de nettoyage régulier des cabinets.

 

Protection des patients 

  • Arrêt des prises de Rdv par web pour régulation systématique des demandes de soins.
  • Un cabinet (ou deux si épidémie monstre) dédié aux patients qui ont des symptômes liés à l’épidémie s’il faut les examiner – distribution de masque à leur arrivée – médecin en tenue de combat (masque FFP2, blouse ou combinaison, charlotte lunettes, gants, sur-chaussures).
  • Téléconsultation pour tous les autres qui n’ont pas besoin d’examen clinique rapide (pathologies bénignes entre autres).

Attention aux patients « fragiles »

Définir une liste de patients fragiles du fait de leur pathologie, de leur isolement social ou de leurs conditions de vie. Appeler ces patients pour demander de leurs nouvelles et s’inquiéter de leur confinement. Cette liste peut s’établir en reprenant les dernières journées des agendas, ce qui permet de les identifier. Le rappel peut se pratiquer par secrétaires, infirmières de parcours, médecins ou par d’autres professionnels de santé.

 

Organisation du travail

Il peut être nécessaire de reconfigurer la répartition du travail. Le plus logique est de désigner par demi-journées :

  • Les médecins en activité de consultation classique (masqués) si examen clinique indispensable
  • Les médecins en activité de téléconsultation
  • Le médecin sur le « cabinet épidémie » à faire tourner toutes les 2 ou 4 h si intensité et stress
  • Un médecin ou une infirmière en appui de la régulation téléphonique.

Quel que soit le type d’organisation, il est justifié de l’adapter chaque jour en fonction du nombre d’appels et du nombre de patients probablement infectés. Un point de coordination chaque soir (réunion téléphonique) est logique pour décider de l’organisation du lendemain.

 

Communication interne

Durant ces temps de crise, le lien au sein de l’équipe peut être distendu (confinement, cabinets fermés). D’où l’importance d’une communication au minimum hebdomadaire. Un mail permet de donner des nouvelles de ce qui se passe dans l’équipe, et de livrer des chiffres sur l’épidémie en cours. Ces chiffres peuvent se trouver sur les sites des ARS ou celui de Santé Publique France. Ou sur cette page du site du gouvernement.

 

Communication externe

Tenir au courant les référents de l’ARS de la gestion locale de l’épidémie est un plus qui peut éviter des décisions d’organisation territoriales contradictoires d’une administration si elle n’est pas au courant d’une bonne prise en charge responsable de la MSP.

 

Aspects économiques

Il pourra se discuter entre les professionnels qui ne sont pas en SEL, une mutualisation des revenus pour indemniser ceux qui sont en régulation ou en cabinet épidémie lorsque l’activité va diminuer.

 

Après l’épidémie

Les crises ont cela de positif qu’elles permettent de réfléchir à l’organisation du travail. La coordinatrice de l’équipe saura préparer une réflexion des professionnels de santé pour un bilan de cette crise, et décider de qu’il faut conserver (en matière d’organisation ou de marque de solidarité), ce qu’il faut adapter, voire modifier. Battre le fer quand il est chaud.

Mener une analyse des conséquences économiques pour chaque professionnel, particulièrement pour ceux qui ont fermé leurs cabinets (orthophonistes, diet, podo, ergo) et discuter des possibilités d‘impliquer le budget de la SISA dans un plan d’aide si cela s’avère nécessaire.

Préparer une fête de l’après-crise en invitant à la MSP les « héros » de la crise : IDE, auxiliaires de vie, caissières des magasins, ceux qui ont apporté des équipements, ceux qui sont venus aider, etc.

Proposer d’écrire la procédure qui a été mise en place pour la prochaine crise… comprenant une surveillance du stock des EPI (équipements de protection individuelle).

 

Par ailleurs 

Une page du site ouvre sur un protocole de gestion de crise sanitaire qui doit être établi dans le cadre de l’ACI accord conventionnel interprofessionnel.

Il vous faudra sans doute tenir compte du plan ORSAN « organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles ». Une publication au Bulletin Officiel Santé du 15 avril 2024 (pages 6 à 48) décrit dans plusieurs fiches les obligations des ARS dans la préparation des réponses aux crises sanitaires. L’exercice coordonné est reconnu comme « autant d’opportunités pour développer la participation de ces professionnels à la réponse aux situations sanitaires exceptionnelles ». Un plan SSE (situation sanitaire exceptionnelle) des soins de ville soit être élaboré par les ARS en collaboration avec URPS et s’appuyer sur les missions relatives aux crises sanitaires des MSP et des CPTS.

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